Partenaires



Accueil > OHM Infos > Articles > Février 2014

LA « CRISE » DES BOUES ROUGES ET L’OHM-BMP

Depuis le mois de Septembre 2014, la question des résidus de production d’alumine de l’usine ALTEO de Gardanne fait la une de la presse avec deux aspects : le rejet des eaux de traitement en Méditerranée et le stockage sur le site de Mangegarri (Bouc-Bel-Air) des résidus solides, connus sous le nom de Bauxaline. Si le premier aspect, les rejets liquides, ne concerne pas directement l’Observatoire Homme-Milieux du Bassin Minier de Provence, il n’en est bien sûr pas de même du second, le stockage des résidus.
Ces résidus résultent du traitement de la bauxite par de la soude (procédé Bayer) pour en extraire l’Aluminium sous forme d’hydroxyde qui, suite à différents traitements, va évoluer sous forme d’oxyde d’aluminium, appelé Alumine.
Malgré l’étude de nombreuses pistes (sous-couches routières, matériaux de construction, dépollution d’effluents contaminés, neutralisation de drainage miniers acides, …), la valorisation de ces résidus est difficile. Une grande partie de la production sera stockée sur le site de Mangegarri, déjà utilisé entre 1905 et la fin des années soixante-dix. Les questions posées par ce stockage sont multiples et, par exemple :
- la granulométrie des résidus étant assez fine, le risque d’envol de poussière est présent, avec les conséquences classiques de concentrations élevées de particules fines, en particulier pour les personnes ayant des problèmes respiratoires ou cardio-vasculaires
- les résidus présentent des concentrations importantes en certains métaux, qui, sous certaines formes précises et uniquement celles-ci, peuvent présenter une toxicité potentielle ;
- les résidus présentent, de façon normale, une « radioactivité naturelle renforcée » qui, bien que très faible, ne peut être passée sous silence, au vu de la sensibilité du public sur cette question ;
- la question de la percolation des eaux de pluies à travers le stockage et une éventuelle pollution des nappes ou cours d’eaux peut également être légitimement posée.
Si l’entreprise ALTEO a bien apporté des éléments de réponse à ces questions, éléments dont plusieurs sont très pertinents, ils sont généralement considérés par certains publics, médias voir décideurs comme résultant d’études non indépendantes de l’entreprise (sans pour autant que les résultats présentés par les opposants à ces projets présentent plus de garantie « d’indépendance »). La timidité des services de l’État sur cette question des boues rouges ne contribue pas à l’amélioration du débat. D’une façon générale, et des deux côtés, les résultats de mesures environnementales présentés sont très ponctuels dans le temps et dans l’espace et les méthodologies de prélèvements et d’analyses non explicitées. Par exemple, un prélèvement non localisé de Bauxaline ou une mesure de PM10 pendant 24 h ne permettent en aucune façon d’en tirer des lois générales.

Depuis sa création en 2008, l’Observatoire Homme-Milieux du Bassin Minier de Provence s’est intéressé à la problématique des contaminations pouvant être issues de l’usine d’alumine et du site de stockage de Mangegarri. Plusieurs études ont été réalisées, dont les résultats ont été présentés lors de séminaires annuels de l’OHM. En particulier, des campagnes de mesures faites à partir des dépôts de particules sur les feuilles d’arbre montrent des concentrations importantes d’aluminium, sous forme d’hydroxydes ou d’oxydes autour de l’usine et vers le Sud-Est dans la direction des vents dominants, mais aussi des concentrations importantes de fer et de sodium, traceurs de la Bauxaline autour du site de Mangegarri.

Actuellement, plusieurs projets sont en cours ou vont débuter :

- MANGEBAUX : Le stockage des boues rouges déshydratées sur le site de Mangegarri (commune de Bouc Bel Air) : quel impact sur la pollution atmosphérique particulaire ? Les premiers résultats ont été présentés lors du séminaire de 2014 (https://www.ohm-provence.org/IMG/pdf/07_20140703_sembmp_noack.pdf). Aux prélèvements de particules sédimentables, s’est ajouté, depuis Janvier 2015, le prélèvement de PM2.5

- Dans le cadre de l’APR 2015, trois projets concernent la thématique des boues rouges (https://www.ohm-provence.org/spip.php?article452) :
- La pollution par les boues rouges est-elle un dilemme social soluble ?
- Stockage boues rouges et radioactivité : qu’en est-il vraiment ? Étude préliminaire.
- PINEDE : Potentiel des pinèdes comme barrières végétales aux particules atmosphériques sédimentables.

- Dans le cadre de l’APR 2015 de la Fédération de recherche ECCOREV (http://www.eccorev.fr) : Les boues rouges, entre risques et perceptions, projet alliant à la fois étude physico-chimique et enquête socio-psychologique autour de la question de la radioactivité.

- Dans le cadre du Labex OT-Med, la thèse de Nathalie Boutin : Territorial management of biodiversity in a context of growing urbanization and intense interactions man‐nature. A multi-site analysis (http://www.otmed.fr/spip.php?article539)

L’ensemble de ces études est financé par le CNRS et Aix-Marseille Université. Elles apporteront des résultats, acquis avec le maximum de rigueur scientifique possible, qui présenteront une certaine extension temporelle et spatiale, permettant d’avoir une meilleure approche globale des problèmes potentiels posés par ce stockage.
L’objectif d’un observatoire étant d’observer et non pas de juger, les travaux de l’Observatoire Homme-Milieux du Bassin Minier de Provence sont destinés, au-delà de la communauté scientifique, à apporter aux décideurs et au public des éléments d’appréciation de situations complexes, avec un certaine garantie de rigueur scientifique et d’objectivité dans le prélèvement et l’analyse, permettant un débat plus serein et reposant sur de la réalité et non des aprioris.

Yves Noack (directeur de l’OHM-BMP, Avril 2015)


Labex DRIIHM - OHM BMP
Observatoire Hommes-Milieux du Bassin Minier de Provence
ECCOREV
Technopole de l'Environnement Arbois-Méditerranée
Avenue Louis PHILIBERT
Bâtiment Laennec
BP 80
13545 AIX-EN-PROVENCE CEDEX 4 FRANCE
Tél : +33 4 42 59 60 82

Courriel :ohm-bmp@eccorev.fr